Grâce à Nathanael Faibis, l'oeuvre majeure d'Irving Fisher "100% Money" est traduite en français et disponible sur le web http://www.100money.fr/ . N'oubliez pas de faire un don si vous le pouvez; il le mérite bien.




Qu'est ce que "le 100% monnaie" ?


La réforme du «100% monnaie» apparaît être la seule à répondre efficacement à l'objectif de développement économique durable. Elle consiste en un transfert de la création monétaire depuis les banques privées vers la banque centrale.

Dans le monde moderne, il existe plusieurs types de monnaie:
a) la monnaie «centrale»scripturale (ou monnaie de base), créée par la Banque Centrale lors de « monétisations » d’obligations détenues par les banques commerciales, dont le montant est porté sur le compte des banques commerciales qui sont tenues de disposer d’un compte en banque centrale. Elle comprend principalement les «réserves obligatoires» que les banques doivent détenir dans une certaine proportion (dans la zone euro, 2% du montant des dépôts que gèrent ces banques)
Toujours dans la zone Euro, la BCE (Banque Centrale Européenne) ne peut prêter qu'aux établissements financiers, à un taux d'intérêt qu'elle ajuste en fonction de la conjoncture (1% actuellement), mais cette monnaie ne circule pas dans le secteur non bancaire, sauf cas particulier de celle qui transite par le Trésor Public
b) la monnaie fiduciaire (ou monnaie manuelle ou « espèces ») créée pour les billets par la banque Centrale, et pour les pièces par le Trésor Public. Cette monnaie représente environ 15% de la masse monétaire liquide (les dépôts à vue) et 7% de l’ensemble de la masse monétaire. On estime que 60 à 80% de cette monnaie est « thésaurisée » (ne circule pas).
Ce type de monnaie, produit par la banque Centrale est « acheté » (en monnaie centrale) par les banques commerciales qui « revendent » aux agents non bancaires
c) la monnaie «scripturale» (ou monnaie secondaire) créée par les banques commerciales, par simple jeu d'écriture lorsqu'elles accordent un prêt à une administration, un particulier ou une entreprise (agents non bancaires), et qu'elles inscrivent le montant correspondant sur le compte de leur client, sans disposer nécessairement de monnaie centrale ni de dépôts d'épargne. Cette forme (parfaitement légale) de monnaie représente plus de 92 % du montant total des euros comptabilisés en tant que monnaie.
Il faut noter que chaque banque commerciale émet ainsi sa propre monnaie (monnaie S.G., monnaie C.A., monnaie BNP, etc.) et que les éventuelles compensations (soldes de leurs comptes) s’effectuent toujours en monnaie centrale.
L’ensemble du système bancaire commercial doit assurer d’une part la fourniture au public de la demande de monnaie fiduciaire (qui est une constatation) est estimée à 13% des nouveaux crédits, d’autre part les 2 % de réserves obligatoires. Ces besoins en monnaie centrale correspondent pour les banques commerciales à ce qu’on appelle « les fuites », une partie des banques prises isolément devant en plus, le cas échéant, assurer le paiement en monnaie centrale des soldes de compensation envers ses concurrentes (l’ensemble des soldes entre banques est égal à zéro).
Le «100% monnaie» consiste en plusieurs mesures qui doivent être prises simultanément :
1 - Autoriser la seule Banque Centrale à faire de la création monétaire. Cette émission de nouvelle monnaie aura lieu au seul profit du Trésor Public qui la diffusera dans l’économie (investissements collectifs) par l’intermédiaire de dépenses de l’État et des autres Administrations publiques. Cette capacité de création monétaire annuelle ne devant évidemment pas être à la disposition des gouvernements sans aucun contrôle. On pourrait proposer que le Parlement soit saisi de toute demande de financement d’investissements, et que ses décisions soient elles mêmes sous contrôle d’une « cour des comptes » qui serait seule habilitée à donner à la Banque Centrale les autorisations d’émission annuelle en la limitant par exemple au financement des investissements collectifs (à l’exclusion des déficits de fonctionnement qui doivent être compensés par les recettes fiscales)
2 – Séparer d’une manière formelle la monnaie « liquide » (instantanément utilisable, au même niveau que la monnaie manuelle) du crédit toujours issu de l’épargne. A cet effet le système bancaire actuel se verrait scindé en au moins deux types de banques :
a) Les banques de dépôts qui gèreraient les comptes - d’une liquidité absolue - de monnaie des agents non bancaires. Par monnaie dans cette hypothèse il faut entendre la monnaie scripturale existante (les actuels dépôts à vue contenus dans M1). Cette monnaie serait garantie à 100% par des réserves obligatoires en banque Centrale et aurait le même pouvoir libératoire (obligation de l’accepter en paiement) que l’actuelle monnaie fiduciaire. La monnaie scripturale (et électronique) que nous utilisons chaque jour deviendrait en fait une "monnaie fiduciaire électronique"
b) Les banques de prêts (Allais propose une catégorie supplémentaire de banques d’investissement). Les banques de prêts ne pourraient prêter que les épargnes existantes (de 1 jour à X années) par transfert de cette monnaie des banques de dépôt vers les comptes des banques de prêts (et vice versa), étant bien entendu que la monnaie transférée pour le terme donné n’existe plus en tant que monnaie utilisable pendant cette période par le déposant en banque de dépôt.
Ceci revient à interdire la création de monnaie scripturale par les banques commerciales qui deviennent de simples intermédiaires entre les épargnants et les emprunteurs et ainsi à contrôler efficacement ces banques qui ne réaliseront des profits qu'en fonction des services rendus à la société.
Une telle réforme permettrait :
- A l'État, donc au peuple dans son ensemble, de bénéficier intégralement des bienfaits des émissions monétaires, aussi bien concernant le choix de la quantité de monnaie en circulation, sa répartition et les intérêts qui représentent des sommes considérables sur les créances détenues par les banques (environ 80 à 100 milliards d'euros par an, pour la France).
- De mettre fin au chaos monétaire que nos économies capitalistes subissent depuis des siècles.
- De détruire le lien artificiel et pervers entre création et destruction de monnaie et le mécanisme de crédit bancaire
- De permettre à nos économies de procéder à l'inévitable processus de désendettement public et privé sans passer par une phase destructrice de déflation subie ou d'hyperinflation organisée.
- Que le taux d'intérêt puisse enfin jouer son rôle autorégulateur sur les marchés financiers et ainsi freiner les phénomènes de boom et de dépression.
De nombreux économistes tels Maurice Allais, Irving Fisher, Ricardo, Milton Friedman ou Ludwig Von Mises ont défendu le principe de ce qui devrait être une prérogative de l'Etat et seulement de l'Etat : l'émission de toute nouvelle monnaie.




Pour en savoir plus

http://financerlavenir.fnh.org/propositions/la-proposition-cent-pour-cent-monnaie-andre-jacques-holbecq/
http://revolution-monetaire. blogspot.com/2009/06/100- money-dirving-fisher-une- courte.html
http://osonsallais.wordpress. com/2010/02/22/christian- gomez-100-money/
http://monnaie.wikispaces.com/ Irving+Fischer
L'article de fond de Christian Gomez: " Une « vieille » idée peut-elle sauver l’économie mondiale ?" (clic droit nouvelle fenêtre)



Un petit résumé par Natanael


La réforme monétaire 100% en quelques lignes



Il est souvent difficile d'expliquer en quelques mots les défauts du système monétaire actuel et les avantages du système 100%. J'ai essayé de présenter ces éléments le plus succinctement et le plus simplement possible.

La proposition

Il existe deux types de dépôts : les dépôts à vue (DAV), dont le montant est retirable à tout moment, et les dépôts à terme (DAT) retirables seulement à partir d’une date précise. Dans la zone Euro, les banques ont l’obligation de garder 2% des montants en DAV et DAT à la banque centrale. Si vous avez 50€ en DAV et 50€ en DAT, votre banque doit garder au moins 2€ en réserve, le reste pouvant être prêté ou investi. L’objet même de la réforme 100% est de faire passer cette obligation de réserve à 100% pour les DAV et de la laisser inchangée pour les DAT.

La création monétaire aujourd’hui

Le système actuel permet aux banques de créer et de détruire de l’argent. Lors d’un prêt classique, le prêteur ne peut profiter de l’objet prêté que lorsque celui est rendu par l’emprunteur. Pourtant, 98% du montant d’un DAV a été prêté alors même que le déposant a la possibilité de retirer cet argent à tout moment. Cette distorsion du mécanisme naturel du prêt entraine une duplication de la monnaie par le crédit. Imaginez que vous ayez 2€ et que vous prêtiez ces mêmes 2€ à 50 personnes différentes qui auraient la possibilité de retirer ces 2€ à tout moment. Si vous êtes une banque, vous êtes dans la plus pure légalité. Vous avez des réserves de 2€ pour 100€ DAV retirables à tout moment. Avec 2€, vous avez eu la possibilité de créer 100€ de DAV. Comme le dit l’adage reconnu par la plupart des économistes « les crédits font les dépôts ». Dans le sens inverse, le « remboursement du crédit détruit le dépôt »

Les 5 défauts majeurs du système actuel

1 Le volume de DAV est quasi-incontrôlable par la banque centrale car il dépend essentiellement de la croissance du crédit. Ainsi, l’Etat a un contrôle très limité sur le volume monétaire en circulation, qui est pourtant un facteur économique essentiel

2 Ce système est taillé pour encourager tout phénomène spéculatif. Cette monnaie élastique permet de créer de nouvelles ressources monétaires lorsque les agents économiques cherchent à s’endetter pour spéculer sur un marché en vogue.

3 Le taux d’intérêt de marché ne peut jouer son rôle régulateur entre l’offre d’épargne et la demande de crédit puisque potentiellement, toute demande monétaire de crédit crée potentiellement sa propre offre.

4 Le système actuel rend impossible le processus sain de désendettement public et privé. Le remboursement de crédit réduisant le volume de DAV, les pouvoirs publics sont incités à encourager l’endettement public et privé pour éviter une pénurie de monnaie.

5 Il règne actuellement une opacité extraordinaire autour de la création monétaire. La masse monétaire a doublé entre 2000 et 2008 sans que l’on sache à qui cela à bénéficier. Si le monopole de la création monétaire revenait à l’Etat, l’émission monétaire financerait les dépenses publiques et réduiraient d’autant l’impôt.

Le système 100%

Le système 100% permettrait à l’Etat de prendre le contrôle intégral de l’émission monétaire et de déconnecter la croissance monétaire de l’évolution du marché du crédit. Ce système donnerait la possibilité à l’Etat de limiter les émissions monétaires en temps de boom et de les élargir en temps de crises sans s’endetter lourdement, politique contra cyclique impossible aujourd’hui.

La transition

Les comptes bancaires seraient séparés en deux catégories légales claires, les DAV et les DAT. Pour 100€ que vous avez en DAV, la banque a 2€ de réserve et 98€ de prêt. L’Etat donnerait 98€ de réserves aux banques qu’elles déposeraient à la banque centrale en l’échange de 98€ de créance. Ainsi, les banques auraient des réserves de 100% couvrant les DAV qu’elles ne pourraient ni prêter, ni investir. Les créances récupérées par l’Etat serviraient à la réduction de la dette publique à la hauteur de plusieurs dizaines de point de PIB.


Les 4 principales objections

- Comment les banques rentabiliseront la gestion des DAV si l’argent ne peut être prêté ?
La gestion des dépôts à vue sera facturée aux clients. Chaque banque fixera son prix pour ce service. La loi de la concurrence battra son plein. Avec la technologie actuelle, la gestion des DAV représente un coût mineur.

- Quel argent prêteront les banques sous le système 100% ?
Les banques auront la possibilité de prêter l’argent déposé en DAT et leur capital. La réduction des prêts consentis à l’économie par le gel des DAV sera égale à la réduction de la dette publique. Ainsi, le marché du crédit pour les agents privés ne sera pas touché.

- Le passage des réserves de 2% à 100% fera-t-il exploser le volume monétaire en circulation ?
Pas le moins du monde. Après la transition, le montant des DAV et des billets et pièces en circulation n’aura pas varié d’un centime. Les banques ne pouvant plus utiliser les réserves couvrant les DAV, il n’y aura pas d’augmentation du volume monétaire en circulation.

- Le taux d’intérêt va-t-il augmenter après la transition ?
C’est possible. Si l’offre de crédit disponible (DAT + capital des banques) est moins importante que la demande de crédit, les taux d’intérêt vont monter. Si l’offre de crédit est moins importante que la demande, les taux d’intérêt vont baisser. Les taux d’intérêt joueront à plein leur rôle de régulateur entre épargne et investissement.