Pouvons nous prendre position ici sur la question des intérêts ?

LORDON explique

L’intérêt coût du crédit… et régulateur de l’émission monétaire


L’erreur, cependant, des « critiques de l’intérêt » consiste à ne le regarder que comme un simple prix, dont la légitimité reposerait en dernière analyse sur la réalité des coûts effectivement consentis par les offreurs de crédit. C’est oublier que, via les taux directeurs de la banque centrale, l’intérêt est aussi, et en fait surtout, non pas le seul terme de l’échange entre un offreur et un demandeur privés, mais l’instrument général du contrôle de l’offre et de la demande de monnaie. Il faudrait d’ailleurs dire les choses dans un registre moins « technique » et plus anthropologique : l’intérêt est l’instrument de la contention externe de l’insatiable désir d’argent. Quand bien même par un miracle institutionnel et technologique, les banques seraient en mesure de fournir du crédit à prix rigoureusement nul, il faudrait conserver la possibilité – artificielle – de le facturer aux clients à titre onéreux et pour la raison suivante : la simple contrainte de remboursement du principal peut ne pas suffire à réguler d’elle-même la demande de moyens de paiements « excédentaires » – « excédentaires » par rapport à quoi ? par rapport à ceux qui sont fournis par le revenu courant, car tel est bien l’effet, et même la finalité du crédit : détendre momentanément la contrainte budgétaire des agents et leur permettre de dépenser plus qu’ils ne gagnent. C’est bien parce qu’il permet ainsi de « franchir les limites » que le crédit est un objet de désir explosif. Ne pas se donner les moyens de le contrôler, c’est s’exposer en quelque sorte à « l’excès des moyens de paiement excédentaires » : excès macroéconomique de la demande ainsi solvabilisée par rapport aux capacités de production, ou excès microéconomiques, éventuellement généralisés, d’emprunteurs surchargés de dette et dont la solvabilité est vulnérable à un retournement conjoncturel. C’est pourquoi la politique monétaire doit impérativement conserver les instruments lui permettant le cas échéant de décourager des demandes de crédit qui ne le seraient pas suffisamment du seul fait de la contrainte de remboursement du principal ; et ceci ne peut être fait qu’en y ajoutant, fût-ce artificiellement, la surcharge réglable de l’intérêt. Ne voir l’intérêt qu’au prisme du « juste (ou de l’injuste) prix », c’est donc passer à côté de l’essentiel en matière monétaire, et notamment ignorer combien la monnaie n’est pas une marchandise comme les autres, dont le prix n’aurait qu’à refléter la réalité des structures de coûts. Et c’est méconnaître la nature profonde de la monnaie qui est d’être un concentré de désir – et partant de violence.

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A propos des "intérêts manquants"

On lit souvent que la banque porte en actif l'ensemble de la dette (y compris les intérêts) ... non; elle ne porte en actif que le capital.

Le prêt (Capital) est porté en créance à l’actif de la banque avec contrepartie au Dépôt à Vue du client au passif.
Les intérêts sont passés au fur et à mesure de leur encaissement au *crédit du compte d’exploitation de la banque *(par le débit du DAV de l’emprunteur, généralement chez elle), d’où destruction monétaire.
En faisant le compte, toutes choses égales par ailleurs, la banque préteuse aura donc détruit plus de monnaie qu’elle n’en crée.

Il faut donc d'autres crédits pour compenser la masse monétaire (mais ce n'est pas la même chose que de dire qu'il faut nécessairement une croissance de la masse monétaire pour payer les intérêts), sous réserve que les banquiers recréent, par leurs dépenses (de fonctionnement ou d'investissement), l'équivalent des intérêts perçus qui reviendront donc dans le circuit monétaire

LES BANQUES MONÉTISENT LEURS DÉPENSES ET DÉMONÉTISENT LEURS RECETTES
(monétiser c'est créer de la monnaie, démonétiser c'est la détruire)


De ce fait, une dette de capital non remboursée à la banque a pour conséquence du fait que les banques créent la monnaie quand elles font des pertes (charges) et la détruisent quand elles font des bénéfices (recettes).

L’annulation de la créance à l’actif de la banque est remplacée par une perte, ce qui ne change rien à la masse monétaire en circulation . Ce n’est plus de la monnaie d’endettement, mais de la monnaie émise par la banque qui viendra réduire ses émissions monétaires dues à ses bénéfices. Si les résultats de la banque sont déficitaires, cela implique sur le plan financier, une émission de monnaie secondaire mais la règlementation bancaire exige que la banque reconstitue ses fonds propres si ceux-ci sont affectés sur la base des limites prévues par la législation.

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