http://www.oeconomia.net/private/cours/monnaie/chapitre2.pdf

« Un acte de création monétaire consiste à transformer des créances en moyens de
paiement », cette simple définition appelle trois questions : qui a pouvoir de
transformation ? , quelles créances sont transformables ? , quel intérêt tirent les
agents économiques de ces opérations ?

Les mécanismes de création monétaire

Le pouvoir de transformation des créances en moyens de paiement est
exclusivement détenu par les institutions financières, principalement les banques.

La création monétaire met toujours en relation deux catégories d’acteurs : les
agents non financiers et les agents financiers qui seuls ont pouvoir de création
monétaire. Cette création monétaire est assurée par trois types d’agents : les
banques commerciales, la Banque Centrale (BCE et Banque de France) et le Trésor
Public.

Les Banques commerciales

A l’origine, les banques ne prêtaient qu’à hauteur du montant de monnaie
métallique détenue à leur actif. Ainsi lorsqu’un dépôt d’or était effectué pour une
durée d’un an par exemple, la banque pouvait prêter cette somme pour une durée
inférieure. Les banques s’aperçurent toutefois que leurs stocks de monnaies
métalliques (or, argent) ne descendaient jamais en dessous d’un certain seuil
puisqu’une partie des sommes prêtées revenaient toujours dans leurs caisses sous
forme de dépôts. Les banques décidèrent alors de prêter une nouvelle fois ces
encaisses, donc d’accorder de nouveaux crédits, sans prendre trop de risques,
puisque les dépôts se reconstituaient dans les comptes des nouveaux emprunteurs.

Ainsi les banques prêtaient plusieurs fois les mêmes sommes. Chaque déposant
considérait ses dépôts comme disponibles alors qu’ils étaient à l’origine de
nouveaux crédits. Il y avait une création monétaire puisque les moyens de
paiement dont pouvaient disposer les individus étaient bien supérieurs aux
encaisses métalliques et billets en circulation dans l’économie.

Aujourd’hui les banques ne sont plus de simples intermédiaires qui prêtent des
fonds à partir des dépôts reçus. Elles créent de la monnaie lorsqu’elles accordent
des crédits. Ce sont ainsi les crédits qui font les dépôts et non plus l’inverse. Les
opérations de crédit réalisées par les banques représentent donc une source majeure
de création monétaire. Il s’agit des crédits accordés aux particuliers, aux
entreprises mais également à l’Etat

Dès l’opération de crédit, le passif de la banque s’est accru de 100 €. Un
point important concerne cependant la relation entre dépôts et crédits. On peut
croire que la banque accorde le crédit à l’entreprise X sur la base des dépôts qu’elle
collecte préalablement. En fait, il n’en est rien et c’est même le contraire qui se
produit. Ce sont bien les crédits qui font les dépôts et non l’inverse dans la
mesure où cette opération conduit à créditer le compte courant de l’entreprise X
Plus généralement, au titre des crédits de l’économie, les agents non financiers
peuvent obtenir de la monnaie en émettant des titres financiers (c’est à dire des
valeurs mobilières : actions et obligations), en vendant des actifs réels (immeubles,
terrains), en vendant des devises, des créances (billets à ordre, lettre de change,
créance sur l’Etat).

Notons cependant, que lorsque des crédits à l’Etat ou à l’économie sont
remboursés, les titres financiers ou les actifs réels sont repris par le secteur non
bancaire, enfin lorsque les agents non financiers demandent des devises dans le but
de régler des transactions économiques, il y a destruction monétaire. Ainsi lorsque
l’entreprise X utilise les fonds dont elle dispose sur son compte courant pour rembourser
la banque A, son compte et débité d’un montant de 100 €. En contrepartie, la dette
contractée par l’entreprise X disparaît. Le remboursement du crédit met un terme à
l’existence de l’effet représentatif de crédit.

En conclusion, l’octroi d’un crédit par une banque à un agent non financier se
traduit par une création de monnaie et le remboursement du crédit entraîne une
destruction de monnaie.

En généralisant, un système à banques multiples peut être composé par trois sortes
de banques :
- Des banques qui équilibrent leurs opérations de crédits et de dépôts. Une banque
C distribuerait 1000 € de crédits et capterait 1000 € de dépôt.
- Des banques qui distribuent beaucoup plus de crédits que de dépôts. L’équilibre
du bilan leur impose un endettement (donc une obligation de se refinancer).
- Des banques qui captent plus de dépôts qu’elles n’accordent de crédits. Elles
peuvent assurer le bouclage financier du système en permettant aux autres banques
de se refinancer. Elles procéderont à l’acquisition de créances sur celles-ci.

De cet exemple, nous pouvons tirer deux enseignements. D’une part, chaque
banque commerciale crée sa propre monnaie scripturale en accordant des crédits
aux titulaires de comptes. D’autre part, les banques sont tenues d’assurer la
circulation de la monnaie scripturale entre les comptes de leur client. Dès lors
toute banque qui crée et fait circuler de la monnaie scripturale, se trouve
confronter à des fuites hors de son circuit monétaire.

La création monétaire des deux banques doit être proportionnelle à leur part de
marché respective.

Dans le cas d’un système bancaire généralisé, cette règle rappelle que la
croissance de ce dernier sera équilibrée si chaque banque crée de la monnaie
proportionnellement à sa part de marché.
Ajoutons que les banques ont intérêt à respecter cette règle. Une banque ne
cherchera pas à limiter sa création monétaire en deçà de sa part de marché
(raréfaction du crédit), elle se priverait en effet de la rémunération des opérations
de crédits (intérêt) et risquerait de perdre des clients (qui iraient obtenir des crédits
chez les concurrents). De la même façon, une banque ne cherchera pas à accorder
davantage de crédits (stratégie agressive pour déstabiliser les autres banques) que
sa part de marché ne lui permet, ses concurrents réagiraient aussitôt en accordant à
leur tour des crédits (or les stratégies de course aux clients détériorent le bilan des
banques et accroissent les risques vis à vis des emprunteurs. N’en concluons pas
pour autant que la règle de croissance équilibrée limite la concurrence entre les
banques. Ces dernières ont d’autres armes à leur actif (différenciation des produits,
tarification des services, stratégies de régionalisation, de diversification, …).

Si les fuites du réseau bancaire A vers le réseau bancaire B ne sont pas
compensées par les fuites du réseau bancaire B vers le réseau bancaire, alors une
opération de refinancement sera nécessaire. Elles peuvent se refinancer
essentiellement de deux manières : sur le marché financier par émission
d’obligations ou sur le marché monétaire. Ce dernier se décompose lui-même en
trois compartiments : le marché interbancaire (né sous l’impulsion des banques
désireuses de compenser entre elles leurs excédents et leurs déficits de trésorerie,
c’est aussi le lieu privilégié des interventions de la Banque Centrale) ; le marché
des titres négociables (ouvert à tous les agents économiques, les banques y
émettent des certificats de dépôts et des bons à moyen termes négociables) ; la
titrisation des titres (par cette technique apparue en France en 1988, les banques
vont regrouper les crédits en ensembles homogènes, puis les céder par paquets à
des organismes tels que les Fonds communs de créances, les OPCVM, qui vont se
financer en émettant auprès du public des parts représentatives de leur capital).