Encyclopédie Universalis

Le « multiplicateur des dépôts »

Une question qui a longtemps obéré l'analyse monétaire est celle du « multiplicateur des dépôts ». Suivons toujours le même exemple simple. La banque B1 a recueilli le dépôt de 100 francs constitué par l'agent A ; B1 doit donc 100 francs à A, dette inscrite au passif de la banque ; mais quelle est la définition de l'actif correspondant ? Les auteurs avaient pensé qu'il s'agissait d'une somme de monnaie ; on le constate, pensaient-ils, dans le cas suivant : A retire son dépôt sous la forme de billets de banque, et son fournisseur le reconstitue (dans la même banque ou dans une autre) sous cette même forme ; les billets déposés chez B1 constituent un actif dans sa caisse ; on voit ainsi, semble-t-il du moins, que la contrepartie de la dette des banques envers le public est une somme de monnaie équivalente qui serait déposée par le public dans les banques. Si la contrepartie de la monnaie était la monnaie elle-même, on conçoit aisément que les dépôts pourraient se multiplier ; les banques seraient à même de prêter simultanément à un nombre indéfini de clients chaque dépôt reçu par elles. La dette des banques serait en quelque sorte fictive si elles trouvaient à leur actif les sommes de monnaie qu'elles doivent au public ; elles pourraient s'engager à hauteur de trois fois 100 francs, par exemple, sur le fondement d'un dépôt de 100 francs seulement, puisque les sommes de monnaie prêtées en surplus seraient, elles aussi, déposées chez elles.

Dans la réalité des faits, les choses se passent tout autrement. Lorsque les banques créent une somme de monnaie, elles « monétisent » une partie équivalente de la production de leur pays ; ce faisant, les banques reçoivent en dépôt un produit équivalent, qui est en attente d'être écoulé. C'est le produit nouveau de chaque période qui est la contrepartie des nouvelles créations monétaires. Il en résulte - ce qui est beaucoup plus satisfaisant pour l'esprit - que les banques ne peuvent en aucun cas prêter plusieurs fois un même produit, déposé chez elles. Le prétendu multiplicateur des dépôts est logiquement égal à 1. La monnaie est l'objet d'une création et non d'une multiplication.



Notes

Nous sommes bien d'accord qu'il faut parler de multiplicateur des crédits (et non de multiplicateur des dépôts), celui ci étant très limité pour une seule banque et fonction des paramètres de :
- demande de monnaie centrale (billets) de la part des agents non financiers (variable suivant les habitudes de paiement, le lieu et l'époque)
- taux des réserves obligatoires (fixés par la banque centrale: 2% actuellement dans la zone euro)
- nécessité de compenser en monnaie centrale les soldes de compensations (égal à zéro si "les banques marchent au même pas").