Contreparties de la masse monétaire



Qu’elle émane de la banque centrale ou des banques commerciales, toute création monétaire résulte de l’achat ou de la naissance d’une créance. Cette créance figure à l’actif de l’établissement concerné et constitue la contrepartie de la monnaie ainsi créée. Cependant, il est nécessaire de déduire de l’actif les ressources stables : ces engagements financiers à long terme (dénommées «ressources non monétaires ») correspondent à des créances qui ne sont pas prises en compte dans M3 (durée de plus de 2 ans)
Ce qui est calculé, c’est la création monétaire de l’année et de M3 par rapport à l’ensemble des créances: chaque année un total de X créances vient à échéance, remplacé par un total de X + x, mais une partie de ces nouveaux crédits sont des crédits qui ne rentrent pas dans la masse monétaire M3 puisqu’à plus long terme que 2 ans (c’est une « quasi monnaie », encore plus « quasi » que la monnaie de créances à 23 mois et 29 jours… mais il fallait bien donner une limite de « liquidité »)
Oublions le « ex nihilo », mais évidemment cette explication ne peut se comprendre qu’à condition d’admettre que les banques commerciales créent de la « monnaie » (monnaie scripturale qu’on pourrait appeler « quasi-monnaie »), par le droit dont elles disposent de monétiser des actifs.
Il n’y aurait effectivement pas de création monétaire dans l’année N si l’ensemble des ressources étaient supérieures à 2 ans (par définition égales au total des créances), c’est-à-dire si toute création monétaire de l’année N-1 ne pouvait être utilisée pour paiement avant l’année N+1.
Bien qu’ancienne (1995), on peut retrouver une explication ici sur ce bulletin de la Banque de France
et une autre explication moins technique ici http://playmendroit.free.fr/economie/contreparties_de_la_masse_monetaire.htm

On trouve également sur cette page:


Alors que M3 correspond à la fraction monétaire du passif du bilan de ces organismes, les contreparties de M3 regroupent l’ensemble des autres éléments de ce bilan, c’est-à-dire l’actif et les postes non monétaires du passif. Elles fournissent ainsi une information précieuse sur les modalités de la création monétaire.

La création monétaire se réalise de deux façons principales :
- lorsque les institutions financières mettent de la monnaie à la disposition d’un agent non financier résident en contrepartie d’acquisition de créances sur l’étranger
- lorsqu’elles consentent aux agents non financiers résidents des financements nouveaux.Les principales contreparties concernent donc respectivement la création monétaire d’origine externe, les créances nettes sur l’extérieur, et celle qui est d’origine interne, le crédit interne, subdivisé en créances nettes sur l’État et créances sur l’économie


Voici le calcul pour 2007 sur l'ensemble de la zone euro (tous montants en milliards d’euros)

Les données sont issues du Bulletin mensuel de la BCE - Mars 2009 -
http://www.ecb.int/pub/pdf/mobu/mb200903en.pdf
http://www.banque-france.fr/fr/eurosys/telnomot/bce/bm032009.pdf
– pages S12 et S13

Référence : année 2007 (la crise qui fait suite fait douter de la pertinence des conclusions qu’on pourrait en tirer si on prenait 2008)

M1 = 3832 Md€ (dont billets et pièces = 626 Md€)
M3 = 8650 Md€
Les sources (les contreparties) de la création monétaire indiquent à quelle occasion la monnaie a été créée. Elles représentent l’ensemble du financement sur des ressources à caractère monétaire.
(1) Créances sur les administrations publiques : 2417
(2) Créances sur les autres résidents (secteur privé) = 12027
(3) Créances (nettes) sur les non résidents = 627
(4) Total des créances = 15071

(5)Engagements financiers à long terme (ressources non monétaires) :
Dépôts à terme > 2 ans = 1813
Dépôt avec préavis > 3 mois = 120
Titres de créances émis > 2 ans = 2561
Capital et réserves = 1484
Divers = 443
Total des ressources non monétaires = 6421

Vérification : Solde = 15071 – 6421 = 8650 = M3

La monnaie existante prêtée par le système bancaire est donc 6421 / 15071 = 42,6%
La monnaie créée directement par le système bancaire est donc de 57,4% du total des crédits accordés

(1) Il s’agit du total des crédits au secteur public, ainsi que de la création monétaire effectué lors de l’achat de titres aux administrations publiques
(2) Il s’agit du total des crédits au secteur privé, ainsi que de la création monétaire effectué lors de l’achat de titres aux entreprises
(3) Solde des transactions
(4) Il s’agit du total des crédits accordés dont il convient de déduire les « ressources stables »
(5) Les Institutions Financières et Monétaires peuvent collecter des ressources d’épargne de longue durée et possèdent des fonds propres : ce sont les « ressources stables ». Par ce prélèvement sur une épargne existante (ou les marchés financiers) les IFM opèrent une réduction des avoirs monétaires, ce qui explique que le total de 6421 soit déduit du montant total des prêts pour retrouver M3

Lien sur les Agrégats




La relation entre la masse monétaire M (M1, M2 ou M3), et la base monétaire H (monnaie centrale) est la suivante:
R= Réserves (scripturales) en Banque centrale
D = Dépôts (scripturaux) dans M
B = Billets dans M
donc M = H * [1 / B/M + R/D * (1 - B/M)] et le multiplicateur réel est k = [1 / B/M + R/D * (1 - B/M)]
…On peut maintenant se poser la question de savoir quel est le véritable coefficient multiplicateur entre la base monétaire et la masse monétaire M3
En prenant les chiffres de juin 2008 fournis par la Banque de France et la BCE, nous avons
M3 = 9022 dont billets et pièces 650. Montant scriptural de M3 = 8372
Réserves obligatoire en Banque Centrale: 207
Monnaie centrale (fuites): 650 + 207 = 857
Coefficient multiplicateur réel k = 10,53



**LES CONTREPARTIES DE LA MASSE MONETAIRE**
Ce sont les créances sur l'extérieur qui se compose en 2 éléments:
*Le solde des créances et engagement de la banque de France vis-à-vis de l'extérieur: les avoirs officiels nets.
*Le solde des créances et engagement sur l'extérieur des autres établissements de crédit.
C'est le crédit intérieur net qui lui se compose de 2 éléments:
*Les créances sur l'état pour environ 10% (début des années 90).
*Les créances sur l'économie pour environ 90% du crédit intérieur net.

A. Les créances sur l'épargne.

Ce sont les crédits à épargne et les titres négociables émis par l'épargne et détenus par les épargnes de crédit. Ces crédits à épargne reviennent des établissements de crédit et des agents non financiers. La banque de France n'est plus autorisée à faire de crédit à épargne.

Ce sont également les crédits des autres établissements de crédits. Il se compose des avoirs en compte courant postaux, des dépôts au trésor, des prêts et avances.

Ce sont enfin les crédits accordés au trésor par le secteur non créancier. Il se compose des monnaies divisionnaires, des dépôts en compte postaux, à vue, à terme, en Codevi, et finalement des dépôts du trésor.

Dans l'ensemble des créances sur l'état, la partie sur les titres au trésor se développe. Il s'agit des bons du trésor négociable qui sont gérés à la banque de France et qui sont accessibles à tous les agents. Il y a donc une obligation de l'état qui détient les établissements de crédit. Tout cela représente 10% du crédit interne national.

B. Les créances sur l'économie.

Le financement des agents financiers résident apparaît sous 2 formes:
  • Les crédits: avance, effet à l'encaissement, à crédit immédiat, immobilisation de crédit de bail, le prêt participatif. (institué en 1978 avec ses caractéristiques principales). Les fonds accordés à ce titre sont assimilés à des fonds propres. Ils sont remboursables après toutes autres créances sur emprunteur qu'il soit privilégié ou chirographaire. Le prêteur a une créance de redressement.

  • Les ressources déductibles qui apparaissent au passif des établissements de crédit bancaire, elle diminue la création monétaire. Elles se composent de trois éléments:

Les ressources stables et réelles des établissements de crédit: ce sont les emprunts obligataires, participatifs nets de prêts consentis à des établissements financiers, ce sont les capitaux propres nets.

L'épargne contractuelle: ce sont les ressources non monétaires. Ils ne sont pas compris dans le M3, mais dans les placements. Elles font l'obligation d'une épargne liquide stable. Il s'agit des plans d'épargne logement des livrets d'épargne, des comptes différés auprès des secteurs de crédit. Les comptes différés correspondent aux prêts consentis sous réserve d'un dépôt préalable de fond en 1 ou plusieurs versements de la part du bénéficiaire du prêt auquel sont également imposé un délai d'attente. Une période d'épargne précède la période de crédit. En principe, ce compte différé n'est autorisé que dans le domaine immobilier pour éviter l'inconvénient d'un délai d'attente ( le crédit d'anticipation est prévu par le prêteur extérieur).

Les divers nets: ils comprennent essentiellement les opérations de refinancement entre les institutions de crédit. En elle-même, elle ne constitue pas une opération monétaire.

En conclusion, pour conclure sur ce point, on a étudié l'ordre de crédit, l'ordre de monnaie, les éléments qui en déterminent le niveau: profit bancaire, risque bancaire. Une création de monnaie, c'est une occasion d'acquérir une contrepartie de masse monétaire uniforme sur les sources de la création monétaire, c'est à dire les avoirs internes et les avoirs externes et sur leur utilisation respective.

Mais la création de monnaie se fait à l'initiative du secteur non bancaire, des agents non financiers qui demandent de la monnaie. Il faut dissocier le financement monétaire, les contreparties de la masse monétaire, et le financement non monétaire, c'est à dire les contreparties des obligations et des titres à long terme émis par les institutions financières et les fonds propres.

Les actifs liquides ont une proximité monétaire élevée mais ne sont pas totalement assimilables à la monnaie. L'acquisition des contreparties de M3, ce n'est pas le résultat d'un mécanisme de création dans lequel les crédits font dépôts. Une banque crée une partie de ses propres ressources parce qu'un dépôt supplémentaire naît du crédit consenti. Il n'en va pas de même pour les institutions financières. En effet, une institution financière ne gère que les épargnes liquides ou empruntées.

L'ouverture d'un compte d'épargne est décidée par l'agent non financier. L'institution financière n'a pas le pouvoir d'ouvrir de nouveaux comptes d'épargne pour se procurer des ressources. Cette institution financière, quand elle émet des titres nouveaux pour augmenter ses ressources, se contente de collecter des liquidités disponibles auprès du public. Elle ne crée pas de nouvelles ressources.

Quand ils achètent des bons, les agents non financiers en vendant d'autres ou puisant dans leur stock d'avoir monétaire. Cette transaction suppose l'existence préalable que seules les banques peuvent créer. Il en résulte que l'activité d'une institution financière non bancaire repose sur la création monétaire préalable dans les banques. Au contraire, les banques peuvent se passer des institutions financières non bancaires pour créer de la monnaie. La proximité monétaire de ces actifs liquides est limitée.

Un actif liquide ne l'est pas autant que la monnaie, d'un point de vue micro-économique, la proximité monétaire est très grande; pour un agent individuel, la monnaie et les actifs liquides sont presque assimilables. D'un point de vue macro-économique, cela est très différent. Si un nombre important d'agent décidait de convertir ses actifs liquides en monnaie, leurs émetteurs seraient en grande différence.

Rien n'oblige les banques à créer la monnaie demandée. Il n'y a rien que les banques contraignent à l'achat des titres correspondant. L'ajustement se fera par la diminution du prix des titres et la diminution de leur valeur. Le rendement des comptes et livrets, des bons de capitaux par les institutions non bancaires, entraînera une crise de liquidité. Seuls les actifs liquides, créés par les banques et qu'elles se sont engagées à convertir en monnaie, seront convertibles totalement. Cela exclut les bons négociables.