Position du C.E.C. concernant les banques, la monnaie et la dette

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1 - Introduction
Alors qu’un nombre sans cesse grandissant d’intellectuels et d'économistes de tous bords (Jean-Luc Gréau, Christian Saint-Etienne, Jean-Jacques Rosa, Gérard Lafay, Jacques Sapir, Frédéric Lordon mais aussi Paul Krugman, Joseph Stiglitz ou Maurice Allais pour n’en citer que quelques uns) dénoncent les méfaits de l’euro, la quasi-totalité de la classe politique est incapable de remettre en cause le dogme de "monnaie unique" qui a présidé à sa naissance.
Nous proposons donc une évolution de l'euro qui consisterait à passer de l’euro unique à l'euro commun en introduisant dans le système des monnaies nationales. Cela permettrait d'inclure tous les pays de l'UE dans la zone euro, de ne plus exposer les pays de l'Union à la spéculation et de pouvoir réguler finement la politique monétaire en fonction de la situation économique et sociale de chaque Etat.
Dès lors:
- Les 27 États membres s'obligent à utiliser une seule et unique monnaie (l'euro-commun) dans leurs échanges intra-communautaires et dans leurs relations avec le reste du monde.
- Les monnaies nationales n'ont plus cours sur les marchés des changes et ne sont utilisables que dans leur pays d'origine. Elles ont une parité fixe mais révisable par rapport à l'euro. Toutefois comme le précise F. Lordon "[parité] révisable selon, non pas des mécanismes de marché [...] mais des processus de négociations politiques (à l’unanimité ou à la majorité très qualifiée), avec contreparties à l’autorisation de dévaluation d’un des membres".
- La valeur relative des monnaies nationales varie donc selon les données économiques réelles des pays de la zone lors d’une révision périodique (mois, trimestre ou année) des taux de chaque monnaie : une BCE au service de l’Europe, ou une autre structure à créer, serait chargée de calculer ces nouveaux taux et de les proposer au vote des instances politiques décisionnaires.
- Les marchés monétaires domestiques sont strictement réservés aux nationaux.

2 - A propos de la monnaie et du système bancaire

2.1. A l’origine était le troc qui pose le problème de la nécessité de la double coïncidence des besoins. Ce problème est résolu par la monnaie dans sa fonction d’intermédiaire des échanges
2.2. Les fonctions de la monnaie (déjà définies par Aristote il y a plus de 2300 ans):
- Intermédiaire des échanges (remplace le troc)
- Unité de compte (simplifie l’information et la comptabilité)
- Réserve de valeur en vue d’une consommation différée (cette expression est trompeuse il vaudrait mieux parler de réserve temporaire de pouvoir d’achat)
Une quatrième fonction s’y est ajoutée : outil de spéculation et d’enrichissement sans cause
2.3. Qu’est ce que la monnaie ?
Outre d’être définie par ses fonctions la monnaie est acceptée en titres de paiement simplement « parce qu’elle est acceptée » (notion indissociable de confiance)
Néanmoins, la monnaie peut être plus ou moins facilement disponible (on parle de « liquidité ») suivant le type de support sur lequel elle est stockée et la possibilité de la récupérer sans perte ou délai important.
La monnaie réservée au système bancaire et financier (les IFM « Institutions Monétaires et Financières ») est appelée « base monétaire » (parfois nommée « M0 »). Elle représente un montant d’environ 1000 Md€, mais seuls les billets et pièces faisant partie de cette base monétaire sont inclus dans M1 (ci-dessous)
Les autorités monétaires classent la monnaie disponible dans le secteur non bancaire - État, entreprises et ménages - , en trois agrégats monétaires (poupées russes) du plus au moins « liquides » (ne pas confondre ce terme avec celui « d’espèces » qui représente les pièces et billets)

- M1 (total # 4500 Md€) = les pièces et les billets en circulation (# 750 Milliards d’euros) dans le secteur public et privé non bancaire + les dépôts à vue des clients (#3800 Md€)

- M2 (total # 8300 Md€) = M1 + dépôts remboursables avec un préavis inférieur ou égal à trois mois (livrets A et bleu, CODEVI, compte d'épargne logement, livret jeunes, etc,) + dépôts à terme d’une durée initiale inférieure ou égale à deux ans.

- M3 (total # 9500 Md€) = M2 + pensions (espèces perçues en contrepartie de titres vendus à un prix donné dans le cadre d'un engagement de rachat) + titres d’OPCVM monétaires et instruments du marché monétaire (Sicav monétaires, certificats de dépôts, bons des institutions et sociétés financières) + titres de créance de durée initiale inférieure ou égale à deux ans (obligations, bons à moyen terme négociables).
Tout ce qui dépasse un délai de placement de 2 ans ou comporte des risques de variation importante de valeur (les actions par exemple) n’est plus considéré comme « monnaie »
En fait il faudrait considérer sous le terme de monnaie (Gomez) «les dépôts considérés par les déposants eux-mêmes comme totalement liquides »
Néanmoins, pour donner une idée, les créances (les contreparties en garantie de l’argent prêté par les banques) en cours du système bancaire commercial sur le secteur non bancaires sont d’environ 16000 Md€

2.4. Origine de la monnaie de crédit
Jusqu’au milieu du 17° siècle les orfèvres (les « Goldsmiths ») organisés en réseaux émettent des « certificats de dépôts » garantissant que la contrepartie en matière précieuse se trouve bien en garde chez eux, et se font payer pour ce service. Les marchands peuvent ainsi se déplacer à travers l’Europe sans transporter leur or.
Puis progressivement, à partir de 1655 ces certificats de dépôts sont émis pour des sommes rondes et « au porteur ». Ils peuvent ainsi circuler de main en main tant que la confiance à l’orfèvre reste importante.
La masse monétaire reste strictement inchangée, les certificats anonymes représentent vraiment l’équivalent en métaux précieux retirés de la circulation.
Mais vers 1665, les orfèvres se rendent compte que le stock d’or dont ils sont les gardiens ne descend jamais sous un certain seuil. Face à ce constat, ils deviennent des banquiers en émettant des certificats supplémentaires en échange de reconnaissances de dette et en demandant des intérêts sur ces prêts.
Il y a bien là création monétaire puisque le volume des moyens de paiement s’accroit par rapport aux véritables valeurs détenues en garantie. Le principe du système bancaire à réserves fractionnaires était né.
Jusqu’aux années 1970 la monnaie était généralement échangeable, au moins indirectement, contre de l'or". Les décisions de Nixon en 1971 ont progressivement changé ce système. Maintenant plus aucune monnaie n’est d’une quelconque manière gagée sur l’or. La monnaie n’est plus que « reconnaissances de dette » qui circulent et la monnaie n’est plus qu’une création ex nihilo (ce qui ne veut pas dire sans contrepartie ou sans règles d’encadrement) des banques, lors de l’action de la monétisation.
2.5. La création monétaire de nos jours
C’est une simple double inscription au bilan d’une banque, seule type de société autorisée à créer la monnaie.
Lors d’une demande de crédit qu’elle satisfait, une banque « monétise» une reconnaissance de dette ou un actif ou une promesse d’actif (qui ne sont pas de la monnaie) à l’actif de son bilan et simultanément la contre valeur contractuelle de l’emprunt est portée au compte de l’emprunteur sous forme de monnaie scripturale qu’il pourra utiliser pour ses paiements.
Les banques créent la monnaie, mais, comme d’autres établissement financiers elles peuvent également jouer le rôle d’intermédiaire en prêtant une épargne existante qui nécessairement, à l’origine, a été crée par elle-même ou une autre banque, quelque part dans le monde, sous forme d’un crédit accordé contre « reconnaissance de dette »
Cette monnaie scripturale créée par une banque correspond aussi pour elle à l’obligation de disposer de 2% de monnaie de Banque Centrale (c’est l’équivalent moderne de l’or que « l’orfèvre-banquier » gardait dans ses coffres) et à celle de garantir la transformation de sa monnaie en billets de banque centrale qu’elle ne peut produire mais qu’elle se procure en « monnaie centrale ». Ces deux obligations correspondent à des « fuites » pour le système bancaire commercial et limite leur capacité de création monétaire. Un réseau bancaire pris isolément doit en plus, si les payements faits par ses clients vers d’autres réseaux bancaires dépassent les paiements fait par les clients des autres réseaux bancaires vers le sien, « compenser », la différence en monnaie centrale seule acceptée entre réseaux bancaires - qu’elle devra verser à ses concurrentes. Il est donc important pour les banques de pouvoir se procurer à bas coût (en termes d’intérêts) cette monnaie centrale dont elles ont besoin, et qui est appelé « refinancement » (le taux d'intérêt consenti aux banques est fixé et réajusté par la Banque Centrale ; il est actuellement de 1%.)
À cette vision de la monnaie certains professionnels de la banque font une objection formellement exacte mais en réalité injustifiable. Selon eux, les banques ne seraient en aucun cas créatrices de monnaie, pas plus que les orfèvres, puis les banquiers, n'ont jamais été créateurs d'or. Qui oserait soutenir le contraire ? Mais, c'est là précisément le problème. Quand, dès le XVII ième siècle, des banquiers se sont mis à émettre indûment des certificats de dépôts non réels traités par eux comme s'ils l'étaient (c’est à dire comme justifiants le prélèvement d'intérêts), et par leurs clients comme moyens additionnels de paiements, ils ne créaient certes pas d'or, mais ils créaient - au début en fraude - de la monnaie d'usage. Aujourd'hui toutes les banques sont, par un privilège unique, autorisées à accorder des crédits au-delà de leurs avoirs en monnaie de base (l'actuel substitut de l'or ancien car monnaie gagée essentiellement sur les «reconnaissances de dettes des États» par définition solvables via l'imposition), créant ainsi à la fois des moyens de paiements supplémentaires pour l'économie et, pour elles-mêmes, des revenus directement proportionnels.
La Banque Centrale conduit (en principe) la politique monétaire, tient les comptes des banques, fournit les besoins de billets de banque au secteur non bancaire (notons que contrairement à une idée admise, les billets de banque ne sont pas une « monnaie gratuite » puisque pour se les procurer il y aura un débit du « compte bancaire » lequel n’a d’existence que par un crédit bancaire « quelque part » sur lequel sera demandé des intérêts)
3. Pour que l'argent nous serve au lieu de nous asservir !
3.1. L’erreur fondamentale
Nous savons tous très bien que l'erreur fondamentale est de confondre sous le même terme de "monnaie" :
- celle émise par la Banque Centrale (monnaie de base ou "M0", dont fait partie la monnaie fiduciaire - les billets de banque)
- celle émise par les banques commerciales lors de "monétisations de créances", monnaie de crédit, qui, portée lors de sa création sur les comptes courants bancaires, va immédiatement circuler d'une banque à l'autre au gré des échanges économiques. Ces monnaies scripturales, tant qu'elles sont "liquides" (c'est à dire très rapidement utilisables et sans risque de perte ou de commissions excessives), sont toujours dénommées "monnaies" alors que le système bancaire commercial ne peut disposer que de quelques pourcents de monnaie de base: le système actuel est appelé "à réserves fractionnaires"

3.2. Les banques doivent-elles continuer à disposer du pouvoir de créer de la monnaie ?

Non, car une telle possibilité que permet un système bancaire à couverture fractionnaire, ce mécanisme du crédit bancaire, considéré comme frauduleux par plusieurs auteurs renommés (notamment le prix Nobel M. Allais qui parle de « faux monnayage »), a été critiqué également pour:
(1) son caractère structurellement instable,
(2) son extraordinaire effet d’amplification des mouvements économiques, prix et activité, à la hausse et à la baisse ;
(3) les déformations qu’il engendre dans la structure des taux d’intérêt et dans l’appareil de production,
(4) les distorsions qu’il induit dans la répartition des revenus puisque, par le pouvoir d’achat qu’il crée «ex nihilo», il permet à ceux qui en bénéficient de «prendre sans offrir», détruisant ainsi les équilibres qu'il pourrait y avoir entre épargne et investissements.

Le principe actuellement en vigueur nommé, rappelons-le « système de crédit à couverture fractionnaire » est le vice fondamental de nos systèmes bancaires : la création monétaire qui lui est liée permet aux banques de faire du crédit en promettant de payer à vue des sommes pour lesquelles elles n’ont en réserve qu’une petite fraction de ces exigibilités, en jouant sur «la loi des grands nombres» et les compensations entre les entrées et les sorties de fonds.
3.3. Que proposer ?

De très nombreux économistes réputés (i.e ; David Ricardo, Leon Walras, Ludwig Von Mises, Murray Rothbard, Friedrich Von Hayek (Prix Nobel 1974),Henry Simons, Frank Knight et Jacob Viner, Irving Fisher, Fritz Machlup, Jacob Marshak, George Stiegler (Prix Nobel 1982), Milton Friedman (prix Nobel 1976), James Tobin (Prix Nobel 1981), Maurice Allais ( Prix Nobel 1988), Hyman Minsky, James Robertson, Christian Gomez) ont proposé de nouveaux systèmes pour le réformer en cherchant à dissocier la création de monnaie et la distribution du crédit, afin que l’investissement s’ajuste au mieux à l’épargne et que soit ainsi mis fin à l’instabilité chronique des économies. La plupart d’entre eux sont fondés sur un même principe : la monnaie en circulation doit être couverte à 100% par de la monnaie de base, le privilège de la création monétaire étant récupéré dans ce cas là par une structure publique dont le fonctionnement indépendant reste à déterminer, et le privilège du seigneuriage (de disposer des intérêts) étant celui de l’État qui ainsi redistribuera ces gains à tous au lieu de les voir réservé à des sociétés privées.
Nous préférons la dépendance des banques centrales au service des intérêts citoyens, plutôt que leur indépendance à leur propre service.

Pour dissocier la monnaie du crédit, un système à réserve pleine (dit parfois « 100% money ») impose aux établissements bancaires un taux de réserve de 100% (une couverture intégrale par de la monnaie de base, c’est-à-dire de monnaie de banque centrale) sur les dépôts considérés comme des disponibilités monétaires par les agents économiques (les dépôts à vue et assimilés, donc sans doute une partie – au choix de l’épargnant - de ce qui est actuellement comptabilisé en M2 et M3). Ce système à « réserve pleine » permettrait de réguler les économies plus efficacement qu’à présent, d’améliorer leur productivité, de donner une solution aux problèmes budgétaires et de dette publique.

3.4. Mise en œuvre du système à « réserve pleine »
Séparation des établissements financiersen au moins 2 types distincts selon les fonctions assurées.
1 - Gestion des moyens de paiement par des Banques de Dépôts
Les dépôts à vue et assimilés devront être couverts à 100% par de la monnaie de base. La Banque Centrale émettra autant de monnaie de base que nécessaire sous une forme à déterminer (achat d’actifs, prêt, don)
2 - Financement ou crédits par des Établissements de Prêts dont le rôle sera limitée à la seule intermédiation financière (prêt d'épargnes confiées ou refinancement auprès de la banque centrale), les durées de prêts ne pouvant dépasser les termes de l'épargne.
Un pôle de crédit social (public) pourrait s’intégrer à cette catégorie.
Allais propose en plus des Banques d’investissements
Tout rapprochement des fonctions serait interdit (toute fusion des fonctions et toute participation croisée des structures commerciales).
Même si un gouvernement décidait la nationalisation de tous les établissements financiers, cette séparation en deux ou trois entités resterait souhaitable et pertinente.
3.5. Conséquences

Christian Gomez écrit :
« Tous calculs faits, les gains résultant de la réforme monétaire pour la zone Euro se solderaient en régime de croisière par:
(1) un effacement au 2/3 de la dette publique (sur la base des chiffres 2007),
(2) des ressources budgétaires supplémentaires de l’ordre de € 400 mds soit environ 4.5 % du PIB de la zone euro
En première approximation, l’impôt sur le revenu pourrait être réduit de 50% à l’échelle européenne en régime de croisière, toutes choses égales par ailleurs.Il ne s’agit pas de prendre ces chiffres au pied de la lettre, bien sûr. Mais, à notre sens, il donne une idée de ce qui est l’enjeu du débat sans compter tous les autres avantages de la réforme. Il ne s’agit pas d’un coup de magicien. Il s’agit tout simplement d’une récupération par la collectivité des gains de la création monétaire. »
4. A propos du financement des besoins de la collectivité

4.1. A minima, c’est sur la dette publique et les besoins de financement collectifs qu’il faut d’urgence nous pencher.
Par notre participation aux recettes directes ou indirectes de l’État, nous devons collectivement payer un intérêt à ceux qui ont la possibilité de prêter aux administrations publiques, lorsque celles ci ont des besoins de trésorerie (investissement ou fonctionnement) supérieurs à leurs recettes. Ces créanciers détiennent ainsi des « titres de dette », tels que Bons du Trésor (BTF ou BTAN) et les Obligations (OAT). Au fil des années, cet argent distribué aux plus riches s’accumule et les intérêts qu’il faut payer plombent les finances publiques. Qui plus est, leur montant est tel, qu’ils nécessitent l’émission permanente de nouveaux titres de dette souvent proches d’ailleurs montant des intérêts des emprunts antérieurs, et impose de couvrir, par de nouveaux emprunts, le besoin de trésorerie des administrations publiques.
Les intérêts payés entre 1980 et 2009 représentent sensiblement 1340 milliards d'euros, et la dette brute sur la même période est passée de 239 à 1489 milliards d'euros (78% du PIB), soit une multiplication par 6,2. Elle atteint, fin 2010 les 1600 milliards d’euros.
Si nous n'avions pas eu d'intérêts à payer, si l’État avait pu émettre notre monnaie, ce qui lui est interdit depuis la réforme des statuts de la Banque de France de 1973 et l’inclusion de cette règle au niveau européen depuis le Traité de Maastricht, la dette initiale de 239 milliards d'euros à fin 1979 (soit 21% du PIB) aurait quasiment disparue en 2006 et 2007. A fin 2009 le solde aurait représenté 164 milliards d’euros, soit seulement 9% du PIB bien que les années 2008 et 2009 correspondent à un endettement atypique comme le seront également 2010 et 2011. Tout au long de ces années, les soldes auraient été positifs pour un total de 217,8 milliards d'euros qui auraient pu être utilement utilisé pour le bien être collectif de la population ou le financement à long terme d’équipements « écologiques ».
(La justification de ces chiffres se trouve sur le document téléchargeable sur :

[[file/detail/dette-publique.pdf|http://monnaie.wikispaces.com/file/detail/dette-publique.pdf]] )
Voici d’ailleurs, sous forme graphique, cette évolution depuis fin 1979, l’accumulation de dette antérieure procédant d’ailleurs des mêmes causes.
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(graphique de A-J Holbecq)
Chaque jour nous devons emprunter en plus près de 130 millions d’euros qui grossissent la dette. Ces intérêts représenteront en 2011, rien que pour la dette de l’État, un total de 46,9 milliards d’euros (sans pour autant parvenir à rembourser le moindre centime du capital emprunté!). Ce sera le premier poste de dépense de l’État.

4.2. Puisque les traités en cours nous empêchent de procéder comme nous le souhaiterions, peut être faudrait-il procéder ainsi :
1 – Le gouvernement français « menace » de quitter la zone euro si dans un délai court les statuts de la BCE et l’article 123 du Traité de Lisbonne ne sont pas revus dans le sens de permettre à chaque État de bénéficier de la possibilité de se financer auprès de la BCE et d’y transférer progressivement les obligations de dettes publiques arrivant à échéance.
2 – Proposition que les financements à long terme nécessaires au développement durable et écologique (croissance verte) pourraient l’être par la simple adjonction d’un paragraphe supplémentaire à l’article 123/1 du Traité de Lisbonne et une très légère modification des Statuts de la BCE.

En effet : c’est actuellement l’article 123 du Traité de Lisbonne (TFU) qui nous gouverne (ancien article 104 du traité de Maastricht):
1. Il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées "banques centrales nationales", d'accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l’Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres ; l'acquisition directe, auprès d'eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite.

Que l’on peut traduire par : « Les États ne peuvent plus créer la monnaie, maintenant ils doivent l’emprunter auprès des acteurs privés en leur payant un intérêt ruineux qui rend tous les investissements publics hors de prix mais qui fait aussi le grand bonheur des banques privées et des rentiers» …

4.3. Les propositions d’adjonctions pourraient être sensiblement celles ci :
1 – suppression progressive de la dette
« Dans le but de supprimer les obligations de paiement d’intérêts sur les dettes publiques de chaque pays de la zone euro, les dettes de ceux-ci seront remboursées aux échéances aux détenteurs actuels par monétisation de nouveaux titres achetés par la Banque Centrale Européenne dans la limite annuelle de X % de la dette initiale. »

Progressivement car monétiser d’un seul coup l’ensemble de la dette serait évidemment suicidaire.


Voyons une possibilité au niveau de la France pour laquelle la dette de toutes les administrations publiques à fin 2009 atteint sensiblement 1500 milliards d’euros, générant par des intérêts à payer à 4% une dette supplémentaire de 60 milliards par an.
Pour la simplification de l’explication, admettons ici que la banque centrale décide de monétiser tous les ans 100 milliard d’obligations arrivant à échéance, plus les intérêts dus sur le solde au taux moyen de 4%, et que le budget des Administrations publiques est équilibré hors intérêts à payer.
L’année 1, la banque centrale devrait donc monétiser 100 + (1500 x 4%) =160 Md€ qu’elle transfèrerait au Trésor Public pour paiement des titres de dette arrivant à échéance.

La seconde année la dette serait ainsi réduite à 1400 milliards. La banque Centrale monétiserait 100 + (1400 x 4%) = 156 Md€

Les années suivantes verraient les besoins de monétisation suivants : 152, 148, 144, 140, 136, 132, 128, 124, 120, 116, 112, 108, 104, 100, et le solde de dette (hors banque centrale) baisserait chaque année de 100 Md€
Et donc la 16° année le capital de la dette de 1500 Md€ plus les intérêts payés de 480 Md€, soit un total d’environ 2000 Md€, seraient donc « gelés » sous forme de nouvelles obligations du Trésor (OATI : Obligations du Trésor à Terme Indéfini), sans intérêts à payer, par un transfert total à la Banque de France qui rappelons-le, est propriété à 100% de la Nation.
Cette monnaie s’intégrerait effectivement en plus dans le circuit économique, mais sur une longue période, sans risque d’inflation!

2 - Nouveaux besoins d’investissements nécessaires (transition énergétique)
« Dans le but de soutenir l’économie des pays membres, et par exception au paragraphe 1, soit le Trésor Public, soit un établissement de crédit nommément désigné pour chaque État, peut obtenir de la part de la Banque Centrale Européenne les fonds correspondants aux obligations d'État déposées en contrepartie, pour une utilisation exclusive d'investissements reconnus d'utilité publique, collective ou écologique, dans des domaines d'application dont la liste aura été préalablement définie et votée par le Parlement de chaque État. Le taux d'intérêt appliqué à cette émission monétaire sera celui dit "de refinancement" appliqué aux établissements de crédit privés. »

Évidemment, ce faible intérêt payé par un pays (actuellement le taux de refinancement est de 1% annuel) reviendrait dans un "pot commun" dans les comptes de la BCE (zone euro) et serait donc repartagé au prorata des parts de chaque État de la zone euro. Un État qui emprunterait proportionnellement plus que les autres en rapport de sa participation dans la BCE serait donc redevable d'une partie des intérêts qu’il ne récupérerait pas mais qui deviendrait donc une recette supplémentaire pour les autres pays.,
Lorsque les États en auront assez de se faire plumer, ils décideront de faire monétiser progressivement les titres arrivant à échéance par leur banque centrale
Les monétaristes ne sont pas choqués que le taux de croissance (annualisé sur 6 mois) de M3 dans la zone euro a atteint près de 13% en 2007, et que sa moyenne entre 2002 et 2007 ait été proche de 10%
4.4. S’il n’est pas possible de s’entendre, il faudra quitter l’euro, considérer que la dette due est transformée en « francs » au taux d’entrée dans la zone euro, ce qui amènerait a une dette totale de 9840 milliards de francs soit 1500 milliards d’euros x 6,56 (on peut aussi considérer 1 franc = 1 euro), et décider de rembourser la dette aux échéances des obligations, en procédant de la même manière à une émission d’obligations nouvelles monétisées par la Banque de France.

5. En conclusion

Si une collectivité a:
1 – un besoin (collectivement souhaitable),

2 – la volonté de le satisfaire,

3 – les moyens techniques et énergétiques,

4 – un excès de main d’œuvre et le savoir-faire,

… l’impossibilité souvent alléguée du manque de financement est une mauvaise excuse car une vraie richesse résultera d’une création monétaire éventuellement nécessaire pour la réaliser. Il faut évidemment par la suite « détruire » cette monnaie; l’impôt y pourvoira par remboursement progressif d’une dette sans intérêts (et donc la destruction des obligations correspondantes) au fur et à mesure de l’usure, c’est-à-dire de l’amortissement, des richesses dont la production aura été permise par l’émission monétaire, ce qui, évidemment, n’empêche pas l’émission de nouvelle monnaie pour de nouveaux projets.
Le Cercle des Économistes Citoyens - novembre 2010
Auteurs de « Argent, dettes et banques » Ed Yves Michel – mars 2010